Thème 3

L’habitat arvidien

3.1

De la théorie à la pratique― La construction de la ville

À la suite de l’achat d’une soixantaine de terres, Alcoa peut procéder à son installation. Le 24 juillet 1925 arrive à Arvida une équipe d’ingénieurs. Six tentes sont installées au coin du chemin Radin (rue La Traverse) et de la rue Moissan. Le mois d’août est consacré aux travaux d’arpentage ainsi qu’à l’aménagement des sites pour les divers bâtiments. La construction des camps temporaires démarre rapidement. Situés entre les rues la Salle, Vaudreuil et Marquette, ils étaient destinés à loger l’ensemble du personnel travaillant sur le chantier. Ainsi, on y retrouvait notamment un bureau principal, une salle à manger, des bâtiments pour le personnel et leur famille, une banque, un bureau de poste et un garage. Chaque camp bénéficie un système de chauffage, de l’eau courante et des égouts.

Le 1er juin 1926, débute ce qu’on peut appeler la première étape de la construction de la Cité d’Arvida. Tout est déjà en place sur le chantier, puisque la construction de l’usine a débuté dès 1925. La méthode utilisée pour la construction de l’usine et des maisons suit un système de plans rigoureux où tout y est codifié et fabriqué sur le site. Le tout s’apparente à une chaîne de montage. Les matériaux de construction arrivent par wagon où ils sont acheminés à l’atelier central qui se situe sur les terrains de l’usine. Le bois de charpente y est préparé conformément aux plans. Des voies ferrées temporaires sont par la suite disposées au centre des rues afin de faire circuler l’équipement lourd et acheminer les matériaux de construction à un endroit spécifique. L’ensemble des étapes de construction des maisons y est indiqué dans la charte de progression des travaux, passant de la canalisation des égouts jusqu’à l’occupation de la maison. Le cadastre d’Arvida a été découpé et tranché sur les anciens rangs qui occupaient le territoire, puis la ville fut divisée en sections dans lesquelles se trouvent plusieurs blocs morcelé en différents terrains. La première fondation de maison est érigée dans le bloc 8, c’est-à-dire entre les rues Wöhler, Davy, Oersted et Moritz.

Mémoires d’Arvida

3.2

Un habitat unique

Un habitat diversifié

Dans le but d’attirer une main-d’œuvre stable et permanente, Alcoa prend des mesures afin de rendre chacune des maisons désirables et variées les unes par rapport aux autres. L’exportation d’influences et d’idées ramenées par certains employés d’Alcoa ayant parcouru le monde est certes garante d’une diversité. Cette inspiration entraîne dans Arvida des maisons notamment d’influence américaine et nordique. Cependant, la clé de la variété des paysages arvidiens réside surtout dans la permutation des composantes architecturales en bois. Ce matériau très présent dans la région et à faible coût ainsi que les carrés de fondations standardisés, 4 modèles réutilisés d’une maison à l’autre sauf quelques exceptions, ont permis d’optimiser et de diminuer les coûts de la construction tout en recourant à des maisons diversifiées. Les modèles de maisons peuvent être divisés en grands ensembles (A, B, C, D, E, F, G, H, J, K et L) dans lesquels se trouve différents modèles (ex : A1, A2, B1, B4, E4, K3). La permutation se retrouve notamment au niveau des galeries, des lucarnes, des portes et des fenêtres. Également, la rotation des différents modèles sur leur lot de même que les variations symétriques ont permis de démultiplier les modèles et créer une diversité.

Parmi les 34 modèles, quelques résidences se distinguent par leurs dimensions. Il s’agit de 20 maisons construites sur le chemin Radin (rue La traverse), non loin du Manoir du Saguenay et du Britanny Row. Ces dernières font partie du Domaine privé de la compagnie, au même titre que l’usine, et n’étaient pas destinées à être vendues à l’origine.  Elles étaient réservées aux employés plus mobiles. Harold R. Wake réside au 3 chemin Radin (aujourd’hui 2915 rue La traverse) lors de son séjour à Arvida.

Mémoires d’Arvida

Un habitat qui suscite l’appartenance

Les dirigeants d’Alcoa sont conscients de l’importance que les habitations soient conformes aux usages locaux. Voulant susciter l’établissement de familles canadiennes-françaises, Wake, responsable de la construction et gérant des immeubles, rejette un certain nombre d’habitations multifamiliales pour privilégier des maisons unifamiliales typiquement canadiennes. Des recherches sont entreprises afin de comprendre ce qui caractérise les maisons présentes sur le territoire agricole québécois dans le but de s’en inspirer et de créer une appartenance. Ces recherches donnent naissance à Arvida aux maisons Quebec type, il s’agit des modèles A. Ces dernières se caractérisent entre autres par des petites galeries, des lucarnes à chevalet ainsi qu’à des lamiers incurvés. De plus, ces maisons se distinguent dans l’élimination de la salle à manger par une cuisine-salle de famille fusionnée. Cela permet de libérer deux chambres aux rez-de-chaussée.

Un habitat moderne

Les maisons d’Arvida bénéficient des récentes innovations en matière de confort. Chacune d’elles est équipée d’un système de chauffage à air chaud ou à eau chaude et de l’électricité. De plus, chaque maison est munie d’une salle de bain dans laquelle on y retrouve une toilette, un lavabo et une baignoire.

Un habitat démocratique

Une des différences faisant l’unicité d’Arvida est que la ville se veut égalitaire. Le cadastre a été soigneusement découpé et tranché sur les anciens rangs établis sur le territoire. La ville se veut un habitat démocratique. Toutes unifamiliales, les maisons sont offertes en vente par crédit-bail et vendues au prix coûtant dès leur construction. Ce système répartit le paiement de la maison en fonction de la capacité du travailleur à payer. Chacun peut ainsi avoir accès à la propriété.

Lorsque la ville se construit, il est prévu qu’il n’y ait aucune division entre nationalités, ni hiérarchie sociale entre patrons, employés ou ouvriers. Il faut dire que la ville est très diversifiée culturellement avec les travailleurs venus d’un peu partout. Ainsi aucune maison n’ait conçu ou située pour refléter le statut social des ses occupants. Au contraire, malgré la diversité des modèles, on peut remarquer le souci d’homogénéité des maisons quant à leur aspect extérieur. L’objectif étant la déségrégation de l’habitat arvidien. Certes il existe des maisons plus luxueuses, cependant, les distinctions résident plutôt dans la division du plan, les revêtements intérieurs, les systèmes mécaniques plutôt que dans les dimensions des maisons. Ces dernières sont réparties uniformément dans la ville.

Accéder à un Crédit-bail arvidien

Cadastre Arvida
Le premier cadastre d’Arvida, superposé au tracé des anciens rangs. Ville de Saguenay.