Thème 4

Vivre à Arvida

4.1

La gestion de la Cité de l’aluminium

Article annonçant la constitution municipale d’Arvida. Le Progrès du Saguenay, 14 mai 1926, p. 2.

Dès 1926, Alcoa engage des procédures auprès du gouvernement provincial afin qu’Arvida devienne une municipalité. La Charte, qui constitue la loi d’incorporation de la Cité d’Arvida est sanctionnée le 24 mars 1926. La compagnie obtient du gouvernement de modifier la Loi des cités et des villes, afin d’insérer des dispositions relatives à la qualité du paysage urbain pour protéger et maintenir les qualités architecturales et urbanistiques de son projet social. La loi stipule que la ville sera dirigée par un conseil municipal composé de trois échevins pour une durée déterminée. Le conseil désigne par la suite un maire pour un mandat de deux ans. Ainsi le 7 mai 1926  a lieu la première réunion du conseil dans un bâtiment de construction. Les trois échevins nommés sont J. Achille Vallerand, gérant du chemin de fer Roberval-Saguenay, J.P Walsh, chef comptable d’Alcoa à Arvida et Frank E. Dickie, directeur des salles de cuves. Ce dernier est le premier maire d’Arvida.

Jusque dans les années 1940, l’administration de la ville est confiée aux représentants de l’Aluminum Company of Canada qui en assurent la construction et le développement. Désirant se désengager de la gestion de la ville tout en s’assurant la  préservation ainsi que la continuité de l’image d’Arvida, la compagnie met en place une commission d’urbanisme en 1942. Cette dernière est composée de Frederick Gage Todd, Harold J. Doran, Harold Lea Fetherstonhaugh, R. A. Lemieux et C.-O.-P. Klotz, qui ont comme rôle d’assurer l’aménagement et la conservation du territoire.

La ville d’Arvida a connu six maires qui se sont succédé entre 1926 et 1974. Après le court mandat de Franck E. Dickie, John P. Walsh prend la relève suivie d’Arthur E. Riddell, médecin de la compagnie, Jean-Louis Fay , Georges Hébert et finalement Francis Dufour. Le 1er janvier 1975, la ville de Jonquière est constituée à la suite de la fusion de Jonquière, Kénogami et Arvida.

4.2

Une ville multiethnique

Une population diversifiée

Dans la première moitié du XXe siècle, l’industrialisation au Saguenay―Lac-Saint-Jean a pour conséquence l’arrivée d’un grand nombre de travailleurs dans la région. Si une partie des arrivants proviennent des autres régions du Québec, plusieurs sont d’origines diverses et parcourent les grands chantiers de construction introduisant ainsi une diversité dans le paysage culturel.

La construction de l’aluminerie et de la ville lors de l’implantation d’Alcoa à Arvida, exige une main-d’œuvre nombreuse. Durant les premières années (1925-1927), une grande partie des travailleurs ne proviennent pas du Saguenay et le tiers sont d’origine étrangère. Au total, 36 nationalités sont représentées notamment des Polonais, Suédois, Norvégiens, Finlandais, Tchécoslovaques, Italiens. Les Canadiens anglais représentent une proportion de 16% tandis que les Canadiens français provenant d’autres régions sont estimés à 30% de la population d’Arvida.

La venue de travailleurs d’origines diverses est due en partie au manque de main-d’œuvre dans la région. Également, le démarrage de la nouvelle aluminerie demande une expertise nouvelle. En conséquence, la grande majorité des cadres proviennent des autres établissements d’Alcoa en Amérique du Nord.

La population d’Arvida est plutôt instable dans les premières années, une grande partie des travailleurs quitteront d’ailleurs la ville avant 1928. Cependant, une population plus stable s’établit par la suite, assurant ainsi la continuité de la main-d’œuvre et des savoirs techniques. Parmi ces derniers, on retrouve des Canadiens anglais, une majorité de Canadiens français ainsi que 18 autres nationalités.

La religion

La religion occupe une part importante dans la vie communautaire de la nouvelle ville. Du côté catholique, la première messe a lieu dans un camp de construction le 29 novembre 1925. Les protestants quant à eux tiennent leur premier service religieux dans une maison située dans la rue Davy le 12 décembre 1926. Dès 1928, deux institutions sont ouvertes aux services religieux : l’Église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus et la First United Church. Naturellement, les gens s’établissent près de leur lieu de culte, selon leur confession.

À la suite de discussions entre Harold Wake et Mgr Michel-Thomas Labrecque, évêque du diocèse de Chicoutimi, la compagnie accorde un terrain ainsi qu’une somme de 40 000$ pour la construction d’une église et d’un presbytère. Construite selon les plans d’Alfred Lamontagne et d’Armand Gravel, l’Église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus est inaugurée le 24 décembre 1928. La vie paroissiale s’organise autour du calendrier liturgique qui est rempli de célébrations, de fêtes, de processions et de dévotions particulières. Comme la population arvidienne est très diversifiée, les rassemblements religieux sont une importante occasion d’intégrer la population. L’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus accueille ainsi les catholiques romains et ceux qui partagent des rites similaires : les Irlandais organisent des séances et des concerts au profit de l’église en plus de bénéficier d’une messe spéciale pour la Saint-Patrick, la fête de Notre-Dame-de-Pompéi est célébrée pour les Italiens, les Acadiens fêtent l’Assomption et les Slovaques peuvent écouter la célébration de Noël avec des chants dans leur langue.

Le 8 avril 1927, jour de Pâques, les membres de l’Église Unie assistent au premier service célébré dans la nouvelle église par le pasteur H.B. Campbell. Construite par Alcoa, la First United Church est située au coin des rues Moissan et Régnault. L’église sert également de communauté d’accueil pour la plupart des non-francophones. Ainsi, le bâtiment est surnommé « Community Church » et sert de centre pour les différentes activités communautaires notamment pour les scouts, le Club d’échecs, les vétérans et l’Institut des ingénieurs. Le 8 juin 1946, la First United Church est réduite en cendres. Il faut attendre 1949 pour voir la construction de deux nouvelles églises : St. George the Martyr et la First United Church.

 

Mémoires d’Arvida

4.3

L’éducation

Comme dans tous projets utopiques, le bien-être des employés occupe une place de choix. À Arvida, l'éducation constitue donc une priorité pour les dirigeants d'Alcoa. Dès juillet 1926, des cours d'anglais sont donnés le soir à la population étrangère dans l'objectif de les intégrer. Il en saura de même un peu plus tard avec des cours de français donner à mesdames Parks, Wake, Whitaker, Dubose et Wyber.

Du côté catholique

En octobre 1926 Juliette-T Ryland est engagée afin d’enseigner aux enfants catholiques d’Arvida. Les cours ont lieu dans des maisons qui sont utilisées comme école. La première maison-école se trouve au coin des rues Oersted et Moritz puis une deuxième ouvre par la suite sur la rue Volta. Les maisons-écoles sont divisées en quatre : deux pièces au rez-de-chaussée et deux autres à l’étage.

Dès 1927, la compagnie voit à la construction de deux écoles ; une pour les catholiques et l’autre pour les protestants. L’école Saint-Joseph terminée le 26 octobre 1927 accueille les premiers élèves le 16 novembre. J.-A Vallerand, gérant du chemin de fer Roberval-Saguenay et président de la Commission scolaire d’Arvida en dira : « L’érection de cette école va être le point de départ d’un grand progrès dans l’éducation pour notre ville (…). Nous savons tous et apprécions que l’instruction de nos enfants est également la base de la société de demain. » Dirigée par les sœurs du Bon-Conseil qui loge dans le Couvent derrière, l’école compte huit classes. Les enfants anglophones catholiques vont également à Saint-Joseph où ils sont tout d’abord enseignés par sœur Marie de la Victoire.

C’est d’abord le cours primaire élémentaire que suivent les élèves comprenant les cours suivants ; instruction religieuse, français, mathématique, histoire du Canada, géographie, dessin, musique, anglais, agriculture ainsi qu’hygiène et bienséances. Avec les années les cours primaires complémentaire et supérieur sont ajoutés ainsi que le cours d’enseignement ménager, le cours commercial et finalement l’école technique pour les garçons.

Du côté protestant

Les premières classes pour les enfants anglophones protestants ont lieu dans une maison-école sous la supervision de mademoiselle Irène Kelly et mademoiselle Copeland. Dès le 21 juillet 1927, Alcoa débute la construction de l’école protestante qui accueille les élèves à partir du 12 décembre. L’instruction y est faite par des laïcs. À l’ouverture, le personnel est composé d’Harry Johannson et son épouse ainsi que d’Irène Kelly.

L’arrivée de nombreux travailleurs de différentes nationalités venus s’établir à Arvida amène une grande diversité dans la ville. L’école protestante, connue sous le d’Arvida Intermediate School, accueille pendant plusieurs années les élèves non francophones. Ainsi, une grande partie des élèves de l’école parlent uniquement une langue étrangère en y entrant.

Dans un premier temps, l’enseignement donné comprend de la 1re à la 9e année. Dès l’année scolaire 1928-1929, de nouvelles formations sont ajoutées ; la formation manuelle pour les garçons et le cours d’enseignement ménager pour les filles. En 1943, l’école est élevée au statut d’école secondaire et devient connu sous le nom Arvida High School. À partir de ce moment, le personnel plus nombreux peut offrir un plus large éventail de cours notamment la dactylographie, la sténographie, la physique, la chimie ainsi que les mathématiques avancées.

Arvida Protestant School - 1927
Plans de l'école protestante d'Arvida, août 1927. Commission scolaire Central Québec.
4.4

Les premiers loisirs à Arvida

Parc Moritz

Au fur et à mesure que la ville se construit, la vie sociale et communautaire s’organise. La compagnie qui veille aux divertissements de la population se charge des loisirs. Dès 1926, Alcoa met en place un organisme chargé de l’organisation des sports amateurs : l’Arvida Athletic Association. L’A.A.A est composée d’un comité formé de trois administrateurs auquel s’ajoute le président de chaque discipline sportive. De plus, la compagnie s’engage à la construction d’un club house et d’une patinoire couverte dans un avenir prochain. Dans un premier temps, l’A.A.A limite ses activités au baseball, hockey, curling boxe, lutte ainsi qu’à la danse.

Organisées et parrainées la compagnie, les activités permettent notamment de développer des solidarités locales et ainsi de renforcer le lien d’attache de la communauté. Le parc Moritz accueille plusieurs de ces activités dont la journée sportive dès 1926. Nommée field day, des parties de football, baseball, boxe ont lieu de même que diverses compétitions tel le saut en hauteur, saut en longueur, lancer du poids et autre.

Dès 1926, une ligue de hockey et un club de baseball sont formés. Deux ans plus tard, viennent s’ajouter le club de boxe, le club de football et un club de ski. Les clubs d’Arvida affrontent ceux des autres avoisinantes, notamment Chicoutimi, Port-Alfred, et Kénogami. De plus, la compagnie organise également des ligues internes entre les différents secteurs de l’usine ce qui a pour conséquence de susciter un esprit de corps dans chaque département. Il existe notamment des ligues internes de hockey, quilles et baseball. Ainsi s’affrontent les départements : Operating vs Service, Office vs Townsite, Service vs Office, etc.

Théâtre Palace Arvida

La popularité que connaît le cinéma au début du XXe siècle incite les villes à mettre sur pied des infrastructures pour accueillir ce loisir. À Arvida, le bloc A sert pour la projection de films, puis dès 1927, la ville s’enorgueillit d’un cinéma, le Théâtre Palace. Construit d’après les plans d’Alfred Lamontagne, le théâtre Palace Arvida ouvre en 1928. Contenant 500 sièges, le théâtre présente d’abord des films muets accompagnés au piano. Par la suite des films en anglais seront présentés et plus tard des films en français.

Le Palace sert également de salle de spectacle. La fanfare d’Arvida, fondée le 4 avril 1930 y donne son premier concert en novembre 1931. Très populaire auprès de la population, la fanfare se produit à diverses occasions notamment lors de célébrations religieuses, patriotiques, civiles et festivals. Les dirigeants de la compagnie s’impliquent dans la fanfare. Albert W. Whitaker, surintendant de l’Aluminum Company of Canada, prête sa voix et entonne On the Road to Mandalay et My Wild Irish Rose lors d’un concert en 1932.

Au sous-sol du théâtre se trouve une grande salle ainsi qu’un deux allées de quilles où la ligue de quille peut s’exercer.

Écouter l’hymne d’Arvida interprétée par le Chœur Amadeus.

Écouter l’Arvida March par interprétée par l’Harmonie Saguenay.

Saguenay Country Club

Certaines activités sportives joignent davantage une clientèle anglophone, puisque ces dernières semblent plus reliées à leur vie sociale. Tel est le cas pour le Saguenay Country Club, l’Arvida Tennis Club ainsi que l’Arvida Fish and Game Club.

Les premières discussions sur la possibilité de la construction d’un terrain de golf datent de 1926. Rapidement, Albert W. Whitaker convint Harold Wake, ingénieur responsable des travaux de construire un parcours de golf à Arvida. Le Saguenay Country Club est officiellement fondé en 1927 et placé sous la présidence de Whitaker. Construit près du centre-ville, plus précisément dans le champ au sud du chemin Radin, le premier parcours de golf est inauguré le 24 mai 1927. Le prix d’admission comme membre est de 10$ et la contribution annuelle est de 15$. L’arrivée de milliers de personnes durant la guerre amena l’Aluminum Company of Canada à procéder à de nouveaux développements domiciliaires, ainsi le parcours de golf changea deux fois d’endroits dans les années 1940.

Dès 1927, Arvida compte également un Club de tennis dont plusieurs membres du Saguenay Country Club font également partie. Il existe deux terrains de tennis dans la ville : un sur le chemin Radin et l’autre derrière les staff houses.

Sous la présidence de R.E. Parks, l’Arvida Fish and Game Club voit le jour en 1928. Le Club loue une partie des terres de la Couronne du canton Hébert pour pratiquer ses activités.